Accueil Carnet de voyage à Pondichery - Partie 1
Témoignage d'un voyage en Inde - Partie 1

Carnet de voyage en Inde - Pondichéry - Souffle de l'Inde

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Ce voyage m’a été inspiré par l’invitation de Josette Rey, présidente de Souffle de l’Inde, association d’aide aux veuves indiennes, à l’occasion de son 10ème anniversaire.
Autrefois en Inde, lorsque le chef de famille mourrait, l’environnement familial considérait que son épouse l’avait mal soigné et donc ne pouvait continuer à vivre. Elle était jetée vivante sur le bucher de son mari. Aujourd’hui, cette tradition n’a plus court, mais la femme est jetée hors du foyer matrimonial.

En Inde, la naissance d’une fille est encore vécue comme une calamité dans les basses castes, car celle-ci doit être absolument mariée et doit apporter à sa belle-famille, richesse et prospérité. Cela signifie qu’elle apporte dote, le plus souvent sous forme de bijoux et fils. Si le mari meurt prématurément, le contrat est rompu. L’épouse re-tourne dans sa famille, mais celle-ci n’est pas toujours encline à la recevoir. Elle se retrouve donc dans une ex-trême pauvreté, sans toit, séparée de ses enfants. Les filles sont peu scolarisée et ne savent pas faire d’autres tra-vaux que ceux du ménage.

Josette a découvert cette situation lors d’un voyage en Inde, s’en est émue et a décidé d’agir.
Elle a recueilli des fonds pendant 2 ou 3 ans, créé un home d’accueil pour ces femmes, un atelier pour leur ap-prendre à travailler hors de chez elles. Ainsi, elles retrouvent dignité et autonomie, retrouvent leurs enfants et une place dans la société indienne. . L’objectif de l’atelier est aussi de financer l’association.
J’ai rencontré Josette lors d’un marché de Noël, sur mon canton. Elle vendait des objets et tissus indiens. Elle m’a exposé l’objet de sa présence, son projet m’a plu et je l’ai soutenue autant que possible depuis lors en lui achetant des produits et par une subvention du Conseil général.
Son expérience rejoint ce que nous mettons en oeuvre en France à l’intention des publics au RSA.
Après dix ans de fonctionnement, je voulais voir comment les femmes évoluent après être passées à Souffle de l’Inde.
Mais Josette, sans doute un peu essoufflée par la lourdeur des responsabilités, quelques péripéties et déboires de santé, autant que par le temps passé, a décidé de revoir les contours du fonctionnement de son association.
C’est à Kochi, dans le Kerala, qu’elle a créé et fait vivre l’association pendant toutes ces années ; c’est à Pondichéry désormais, qu’elle a décidé de continuer. Je suis donc en route pour Pondichéry, mais nous irons aussi à Kochi, voir les femmes de Souffle de l’Inde.

Ce carnet est personnel. Je veux, avec lui, modestement transmettre mes impressions et découvertes. Il est destiné à toutes celles et ceux qui voudront bien le lire. Il peut être transmis à qui le veut.

En route pour Pondichéry,


Nous sommes mercredi 6 février, mon Smartphone me dit qu’il neige à Grenoble alors qu’ici, à Dubay, le soleil perce déjà la coque de verre et d’acier qui enserre la plateforme d’embarque-ment. Je suis à l’aéroport du Katar rempli d’un monde cosmopo-lite. Il est 8h 30, heure locale. J’ai débarqué depuis 2h environ et j’attends patiemment l’heure de mon prochain avion pour Chen-nai en Inde, qui décollera environ à 14h30.


aeroport1 Partie vers 21h30, hier soir de St-Exupéry, j’ai peu dormi. Mes pau-pières sont lourdes, ma tête bourdonne. Mais, cet aéroport est incroyable. Immense supermarché Duty free, il livre aux voyageurs toute l’étendue du luxe le plus fin de la planète. Le plus fin et il me semble le plus cher. Mais je ne suis pas encore en me-sure de bien mesurer le prix des choses, ici… Hommes enturbannés, en jean ou en tuniques sur pantalons fins, hommes en robes longues avec Kaftans blancs, à carreaux rouges ou bruns, femmes voilées, femmes-fantômes noires qui laissent seulement entrevoir de leur visage une mince fente garnie de yeux sombres en alerte, touristes âgés, lourds au pas trainant, jeunes femmes et jeunes hommes avec enfants en bas âges ou sans, de type euro-péen, oriental ou asiatique, se croisent dans une parfaite indifférence, chacun tirant ou poussant ses bagages, sui-vant sa destination et son attrait pour les biens terrestres, enfin chacun suit son destin.


aeroport2Je voyage avec une compagnie Qatarie, Emirates. Leurs hôtesses de l’air sont magnifiques. Elles aussi représentent tous les conti-nents et portent une tenue qui allie, orient et occident. Un voile blanc crème, est plissé, enserré dans le bord droit de leur bibi rouge et drape leurs épaules sur une veste de tailleur beige dont les bords sont sertis de rouge. La jupe est droite, sous le genou, avec deux plis creux à fond rouge. Parfois, elles portent un panta-lon simple ou une jupe longue, avec un pli creux rouge au dos. Elégance sobre, occidentale avec un air d’orient.


Carnet de voyage en Inde - Pondichéry - Souffle de l'Inde

Vendredi 8 février,


Mes débuts dans l’Inde profonde sont accueillis comme il se doit pour un touriste. J’ai dû passer la plus grande partie de la journée d’hier cloîtrée à la maison. Enfin, sur la deuxième partie de l’après-midi, Josette et Jayan m’ont emmenée dans la ville blanche de Pondichéry.

maison3Josette habite dans le quartier des pêcheurs, au nord de la ville. Maisons en briques avec ou sans étages et cahutes en terre et palmes tressées s’alignent le long de rues bétonnées. Les rues sont étroites mais accueillent le trafic incessant des habitants. Il n’y a pas de trottoirs et chacun partage l’espace sans y penser. Femmes, hommes, enfants, chiens, vachettes, chèvres, gallinacés et oiseaux de toutes sortes vont et viennent, se saluent, s’arrêtent, discutent, fouillent et pico-rent dans des tas d’ordures qui jonchent le sol.

Jeudi soir, Josette est venue me chercher à l’aéroport de Chennai. Une foule intense attendait dehors et je cher-chais en vain sa tête blonde qui ne pouvait que se détacher de cette foule brune et grouillante. Enfin j’ai entendu mon nom. Elle était là avec Jayan, son fils indien adoptif. Une voiture avec chauffeur nous attendait non loin de là. Il était 21h environ et 3 heures de route nous attendaient encore pour arriver jusqu’à Pondichéry. Nous arrivons vers minuit à Pondichéry. La ville est relativement calme mais notre chauffeur continue de klaxonner.
Conduite au klaxon : Nous partons dans un vacarme indescriptible, un trafic intense où il faut se frayer son chemin. Josette m’explique que la conduite en Inde est différente d’en Europe. Ici, on klaxonne à tout va. Le klaxon ne sert pas à dire « écartez-vous, vous gênez », mais « je suis là, je passe ». Personne ne fait attention à ne pas gêner l’autre et c’est à chacun d’anticiper ce que celui de devant va faire. Pas d’usage de clignotant pour tourner, non plus. Donc, chaque fois qu’il y a un véhicule devant nous, le chauffeur klaxonne. Cela dure presque tout le voyage, y compris lorsque le trafic se fluidifie après la sortie de la ville.

La maison de Josette est typiquement indienne. Il y a deux appartements répartis sur deux niveaux. Un, en rez-de-chaussée qui accueille les stagiaires français qui viennent donner un coup de main à Souffle de l’Inde, pendant douze à dix-huit mois ; l’autre, à l’étage, est habité par Josette et Jayan. On entre dans le séjour après avoir tra-versé une terrasse couverte, meublée de fauteuils en osier. Puis, dans l’enfilade, il y a la salle à manger. Sur le côté droit, il y a deux chambres avec chacune son cabinet de toilettes et entre les deux, la cuisine. On peut faire le tour de l’appartement à l’extérieur par un petit couloir abrité qui enserre l’étage. Nous avons vue sur la mer à l’arrière. Devant, des petites cahutes de pêcheurs, en palmes tressées ont été construites en toute illégalité sur des terrains laissés vacants par des propriétaires qui attendent le bon moment pour monnayer leur bien. Ce sont les plus pauvres qui vivent dans ces maisons, dans lesquelles arrive l’électricité mais pas l’eau. Pour se laver Ils doivent la transporter du point d’eau le plus proche. Chez Josette l’eau est pompée jusque sur le toit où un réser-voir noir la stocke et la chauffe toute la journée au soleil. Malgré tout l’eau qui arrive au robinet n’est jamais très chaude !


Carnet de voyage en Inde - Anniversaire de Souffle de l'Inde

Samedi 9 février,

C’est le jour J pour Josette, la date d’anniversaire de l’association. Je vais enfin voir les locaux de Souffle de l’Inde et Sharana, l’autre association caritative d’aide à l’enfance en danger à laquelle Josette s’est associée.

accueil5A 10 heures, Jayan m’amène en moto sur place. Josette n’a pas voulu que nous nous garions devant la porte, de peur que le Consul, Pierre Fournier, nous voie arriver sans cérémonie… Je suis accueillie avec un collier de jasmin et Monsieur le Consul me suit de peu. Les présentations sont faites, la présidente de Sharana , Rajkala, Catherine, Nathalie, Francoise, Roselyne, des françaises, toutes bénévoles dans l’une au l’autre des associations.
La présidente de Sharana présente son association, les travailleurs sociaux qui sont là et m’explique leurs interventions auprès de ces enfants et de leur famille. Leur approche est globale. Ils offrent un enseignement aux enfants, une éducation et développent un programme de prévention auprès des parents, notamment sur le plan santé. Il semble qu’il y ait pas mal de problème d’alcoolisme, qui vient ajouter de la misère à la misère déjà bien présente dans ce pays. Des actions de développement économique sont entreprises parallèlement pour fournir des revenus à ces familles. Mais j’en saurai plus lundi, nous avons prévu une rencontre plus formelle sur leur fonctionnement. Ces locaux où nous sommes, sont essentiellement les bureaux de Sharana. Les enfants, restent en famille et son accueillis le jour sur d’autres sites, au cœur de leurs quartiers.

Souffle de l’Inde a investi l’étage, avec sa boutique solidaire et son atelier de couture. C’est un peu petit, mais le redémarrage de l’association à Pondichéry n’a qu’un an et Josette cherche un autre espace, plus grand et surtout plus adapté à l’agencement d’une boutique.
Nous allumons des bougies symbolisant les années de Souffle de l’Inde et son renouveau à Pondichéry
Après cette visite nous montons sur la terrasse qui est couverte par un toit en palme de bananier tressé comme on en voit un peu partout dans le quartier des pêcheurs.

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Et, c’est bien sur la série des traditionnels discours. Monsieur le Consul, Pierre  Fournier, l reconnait l’importance des actions caritatives françaises sur le territoire Indien. Il dit leur nombre, devenu très/trop important depuis le Tsunami et souvent le manque de professionnalisme qui les caractérise et qui fait qu’elles échouent parfois. Il salue la démarche de Sharana et de Souffle de l’Inde dans leur action de mutualisation des locaux mais plus encore de leurs compétences. Ses propos me font écho au regard de notre projet de maison des associations de femmes à Grenoble. Il nous explique que l’Inde est riche mais que la notion de bien public, de conscience publique n’existe pas. Les indiens n’ont pour la plupart pas conscience de leurs droits, ni de leurs devoirs, d’ailleurs. C’est sur ces notions qu’il faudrait travailler avec eux. Cela permettrait de développer de la redistribution, notion absente de leur vision de la société. Sur le plan technologique et scientifique, notamment en médecine et informatique, le pays est très développé, mais leur accès reste limité à certaines parties de la population. Les écarts de richesse sont énormes. Cela explique la misère visible à chaque coin de rue et, le triste état de celles-ci… Ces propos peuvent aussi bien nous ramener aux dérives individualistes que nous voyons grandir en occident et en Europe en particulier. Nous ferions bien de veiller à ne pas nous enfoncer davantage…
Nous convenons d’un prochain rendez-vous à la fin de mon séjour pour échanger sur mes impressions et envisager des suites.
Nous partageons le repas de l’amitié avec toutes les femmes et regagnons nos foyers en début d’après-midi.
Après un bref repos, Josette m’emmène dans un grand magasin de tissus pour Saris, tuniques indiennes et écharpes….

Carnet de voyage en Inde - Pondichéry - Souffle de l'Inde

Dimanche 10 février : Retour à Auroville,


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Nous retournons à Auroville pour que je puisse découvrir le matrimondir, imaginé par la mère, fondatrice de cette cité. Je m’engouffre aussi dans les boutiques dont les produits sont fabriqués sur place dans un esprit de commerce équitable, respectueux de l’environnement.
Nous y retrouvons Françoise et sa famille, bénévole à l'association, qui passe à Pondichéry une année sabatique.
Notre soirée sera également très shopping au Sunday market de la ville indienne.
Je ne vous ai pas parlé du temps. il fait très beau ici, tous les jours, la température est autour de 28° !!!!


Carnet de voyage en Inde - Sharana - Souffle de l'Inde

Lundi 11 février,


garon8Nous sommes à Sharana, pour assister à une réunion de coordination hebdomadaire des travailleurs sociaux sur le suivi des enfants.
Tous les mois, ils doivent faire un bilan à l’association de l’ensemble de leur travail. Ils font également leurs prévisions d’actions.
Vetri est le chef de l’équipe. Il dirige également le « vocationnel training center » qui est un centre d’apprentissage en menuiserie. Neuf jeunes ont passé un examen de 6 mois de présence, avec succès.
Au grand hôpital Jipmer, il voit toutes les semaines 150 patients atteints de maladies neurologiques. Sharana, met à disposition un TS pour aider les patients à mieux comprendre leur maladie, leur traitement, ainsi qu’aux familles. Normalement, il devrait suivre 30 patients. Il aide les familles à garder les patients qui attendent des heures avant d’être examinés. Aucun médecin ne va à domicile, c’est toujours le patient qui se déplace à l’hôpital.
The Day Care center est centre privé appartenant à Sharana, agréé par le Gouvernement. Les enfants qui ont faim vont y manger. Ils viennent également lorsqu’il n’y a pas école et pour faire leurs devoirs le soir. 100 enfants y sont accueillis en permanence et deux cent sont en contact avec le centre.
Vetri supervise un camp médical avec 8 médecins, dans les campagnes reculées. Il distribue de la spiruline (protéines) aux enfants les plus dénutris,
Il s’occupe également de trois jeunes filles dont les mères sont prostituées. Il doit être très attentif envers elles sinon, elles risquent d’être récupérées par leurs parents et envoyées se prostituer aussi.
Il gère aussi les microcrédits attribués par le Consulat de France, aux ressortissants français en grande difficulté.

Manuel : raconte que cette semaine, des enfants se sont échappés du Shelter (pensionnat). Ils les ont cherché pendant 3 heures et les ont retrouvés près de chez leurs parents qui n’étaient pas là. Ils doivent vite les retrouver sinon, les parents risquent de les renvoyer mendier.
Josette a lancé un appel de dons sur internet pour acheter une machine à laver. Elle avait découvert que les enfants du shelter lavent eux-mêmes leurs habits. La somme nécessaire a été réunie et l’achat va être fait. Les enfants sont ravis et promettent d’embrasser Josette.
Peter,  suit les parrainages. Ils sont de deux ordres, parrainages individuels ou collectifs sur un quartier ou village. Il gère les dons et les répartit en fonction des besoins identifiés des enfants. Il y a 1300 enfants parrainés dont 330 individuels.
Il va contacter 22 parrains ce mois-ci qui viennent à Pondichéry voir les enfants et éventuellement leur famille. Le travailleur social est chargé de ces rencontres.
Kaladévi (femme) s’occupe de la logistique de l’équipe, de la gestion des différentes activités, des cours du soir des enfants, des comptes des enfants parrainés.
Amala : assistante sociale, suit des filles : 8 filles et 2 mères. Elle a supervisé les devoirs des enfants en absence des instits, et anime la ludothèque mobile dans les quartiers.
Mani s’occupe du Day care center(DCC), et développe trois programmes : librairie et ludothèque mobiles et travail de rue. Il va tous les jours dans les quartiers pour repérer les enfants qui trainent et les scolariser. Il va les chercher dans les bidons villes et les amène au centre de jour, où ils sont lavés, habillés et nourris. Un bilan de santé est fait et en fonction de leur âge, les enfants vont ensuite au Shelter ou les plus petits restent au DCC, c’est-à-dire retournent dans leur famille pour la nuit. C’est une négociation permanente avec les parents pour pouvoir suivre les enfants et leur offrir une éducation.
Ravi visite des écoles pour mettre en place des nouveaux parrainages d’enfants. Il s’occupe du corps médical et des cours du soir. Il tient les dossiers administratifs des enfants, visite les familles…

Vers 11heures, nous montons à l’atelier où les dames cousent. Josette vérifie leur travaille et donnent quelques conseils et consignes.
femmestissu7L’après-midi nous retournons à l’atelier où doit avoir lieu une réunion de debriefing. Les femmes sont souvent indolentes et il faut les dynamiser régulièrement pour leur rappeler pourquoi et comment elles ont la chance d’avoir cet emploi, comment elles doivent se comporter pour assurer une production de qualité mais aussi comment elles doivent vivre en petite communauté pendant le temps de travail : partage, solidarité, rigueur dans le travail, exigence du travail bien fait… rien n’est oublié dans le message. Elles sont également invitées par Josette à dire leurs questionnements et sentiments. Après cela, nous leur proposons la lingerie que j’ai apportée. Elles prennent pour elles et leurs filles quand elles en ont. Elles me remercient de cet apport. J’en profite donc pour remercier aussi toutes les Grenobloises qui ont donné leur stock !


Mardi 12 février, visite des sites de Sharana


La journée sera consacrée à la visite des différents sites pour les enfants de Sharana.

enfants9Nous nous rendons au siège de l'association où nous attend Vitri, le directeur. Nous commençons par le Day care center non loin du siège. C’est une crèche où sont accueillis à la journée des enfants démunis. Ils semblent avoir deux à trois ans environ, mais ils peuvent aller jusqu’à 5 ans. Ce sont des enfants Gyspsies. Les parents vivent dans des bidons villes ou dans les bois. Ils ne les lavent jamais. Ils sont une vingtaine présente dans les locaux ce matin. Ils présentent quelques signe de rachitisme et de malnutrition. Une femme les lave, une autre les habille de propre et une troisième les fait jouer et leur apprend, à l'aide de dessins des mots en tamoul. Il est encore tôt, ils seront nourris un peu plus tard.
Les locaux sont spartiates pour nous mais surement luxueux pour eux qui n'ont pas toujours un toit sur la tête.
Ces enfants sont magnifiques, souriants et très sociables. Ils jouent ensemble, s'approchent de nous et nous tendent les mains, s’accrochent à nos jambes ou nous montrent leurs jouets. Ils recherchent notre attention et semblent ravis que je les photographie.
A l'étage, c'est une terrasse couverte d'un toit de palme. Là, un jeune garçon d'environ 10-12 ans joue seul sur un tapis. Il vient d'arriver. Son père est mort et sa mère est prostituée. Il sera gardé quelques jours, là pour voir comment il se comporte et sera surement orienté vers le shelter. Cet enfant est triste, voir un peu prostré. Il ne nous accordera aucun regard.

Puis nous partons vers un autre site, au sud de la ville Angalakupam. Nous arrivons dans un village assez coquet, sans ordures étalées par le vent, comme pour tout le reste des villes et des campagnes indiennes. Vitri nous présente une crèche où sont accueillis des enfants de 3 à 6 ans environ. Ce sont les enfants des paysans du village. Ils peuvent ainsi aller travailler dans les champs, l’esprit libre. On entre par un magnifique jardin avec un puits en son centre. Un bâtiment en L, ceinture l’enclos. C’est la fin de la matinée et les enfants sont couchés sur une natte, dans la grande salle de jeu. C’est un moment de quiétude avant de prendre le repas. Le bâtiment abrite aussi un dispensaire qui accueille tous les gens du village. C’est indispensable car la ville est loin et les gens sont peu motorisés. L’essence coute presque le même prix ici qu’en France (près d’un euro le litre) Cela parait fou, quand on sait que les salaires sont de 7 à 10 fois inférieurs aux nôtres).
L’intérêt de ce centre, c’est qu’il est aujourd’hui directement géré par les femmes du village. Ce sont elles qui ont proposé de le faire dès qu’elles ont su que Sharana voulait développer un projet chez elles. L’association n’apporte aujourd’hui que le financement des salaires et de la nourriture. Elle contrôle le bon fonctionnement de l’ensemble. Cette initiative a créé environ 6 emplois. Un médecin et un infirmier sont attachés au dispensaire.

Ces centres, crèches permettent non seulement de suivre de très près l’éducation des enfants, mais aussi la santé des familles et leur activité économique. Des micro-crédits sont accordés aux femmes pour qu’elles puissent démarrer une activité sans être dépendantes de leurs maris.
A côté, des femmes filent de la fibre de coco qui sert à faire des cordes. On en voit des piles, exposées sur les bords des routes. Nous arrêtons pour les regarder faire. Elles sont 4 jeunes femmes, probablement que leurs enfants sont à la crèche à côté.
Le village est bordé d’une rivière et de champs de cacahuètes. Je fais des photos. Josette me montre des petits préaux qui sont les buchers mortuaires. Il y en a un peu partout, toujours à l’écart des villages, dans les champs.

Nous poursuivons pour aller au centre d’Arangano qui est la fierté de Sharana. Quand on entre dans la propriété, on voit un bel immeuble à un étage, et un autre de plain-pied. Le premier bâtiment abrite un Day care center pour les tous petits et dans le deuxième, le centre d’apprentissage de menuiserie.
Une vingtaine de gosses sont accueillis à la journée. Les apprentis, eux ont environs 16-17 ans et sont une douzaine. Mais ce lieu est aussi original car il est un centre expérimental d’agriculture. Sont cultivés, cacahuettes, légumes, bananes et noix de coco. Depuis quelques années, une expérience de production de protéines végétales est menée. Il s’agit de la spéruline, qui est une algue obtenue par la photosynthèse de l’eau et du soleil. Cette algue est produite dans de grands bassins dont l’eau est filtrée avec une épuisette de linge fin et un tamis également de linge fin. Il est ainsi recueilli une pate verte, assez liquide, qui est ensuite séchée au soleil, puis dans un four spécial. Lorsque ce processus est accompli, la spiruline se présente soit en poudre insérée dans des petites capsules, soit sous forme de petits bâtonnets. Cette spiruline permet de mener un programme de nutrition intensive des enfants recueillis mais aussi de la population des environs.  Il est 13 heures et Vitri nous propose de manger sur place. Nous partageons donc le repas de la communauté. On nous dresse une table alors que les petits sont attables par terre sur la terrasse le long du bâtiment, face aux champ de cacahuète. La vue est agréable. Ils ont devant eux une grande assiette en allu et un gobelet. Nous aurons le même service. Dans la grande assiette, une dame verse une grande cuillère de ris, puis un ragout de pommes de terre et une omelette aux herbes. C’est délicieux et assez épicé. Je demande, les enfants mangent aussi épicé que cela ? Oui ; me répond Vitri, pas de problème. En fait, les épices purifient les plats et permettent une meilleure digestion. Pour finie le repas, on me reverse une cuillère de riz sur lequel on verse du curd (yaourt). C’est douçâtre, comme un gâteau de riz. Je ne peux pas tout manger.

Nous retournons au centre de base où Vitri prend une nouvelle bouteille de gaz que nous allons porter dans un autre centre. Nous sortons de la ville, au nord de Pondy et roulons bien plus loin qu’Auroville. Nous arrivons dans un village assez misérable, Matour. Nous livrons une bouteille de gaz dans une crèche, misérable aussi, mais qui a le mérite d’exister dans cet environnement assez moyenâgeux. Les enfants ne sont plus là. Il est plus de 16 heures et les parents les ont récupérés. Josette m’explique qu’il n’y pas le même dynamisme ici qu’Angalakupam. A l’allure du village, cela se voit. Mais les gens qui sont là, devant leurs cahutes, sont souriants. Ce sont des femmes, des enfants et des vieillards. Une femme et sa fille tressent une feuille de bananier, sur le sol. Nous faisons quelques photos, tout le monde se laisse faire et le groupe s’agglutine autour de moi pour voir mes photos. Mais très vite, je n’ai plus d’energie et je n’ai pas pris mon autre appareil photos.

Nous allons ensuite au Shelter (refuge) qui accueille à temps plein, des enfants en grand danger dans leur famille. Une petite fille m’attrape par la main et m’amène voir les décorations en faïences cassées qu’ils ont posées sur la façade du bâtiment.  Il y a là des danseuses, des animaux, une maison, un arbre dont elle est très fière. L’installation est aussi assez spartiate. La maison principale est composée d’une grande pièce et de dépendances cuisine, placard , douches) à l’arrière. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait des chambres. Les enfants dorment tous ensemble sur des nattes dans la grande salle. Lorsque nous arrivons, un jeune garçon est allongé par terre, il se tient la tête et semble dormir. Il ne bouge pas. Vitri me dit qu’il a besoin de se reposer. Normalement les garçons doivent dormir dans l’autre bâtiment, mais il y a des travaux à faire pour isoler le toit qui est à clair voie. Mais il y a des douches et cela pourra faire l’affaire lorsque les travaux seront faits. Il ne dit pas quand ? Il est vrai que le climat est plus clément ici qu’en Europe. Il n’y a pas besoin de bâtiments très sophistiqués. Lors d’une de ses visites, Josette a vu les enfants laver eux-mêmes leurs vêtements. Ils ont entre 3 et 10 ou 12 ans. Elle a lancé un appel sur internet pour récolter des fonds pour acheter une machine à laver. L’argent nécessaire a été réuni, elle sera installée prochainement. Un coup de peinture ferait du bien aux murs aussi, ils sont bien tristes.  Devant nous, Vitri fait mettre les enfants en file indienne et leur fait fermer les yeux pour se calmer. Un peu de méditation ne peut pas faire de mal…
Au bout de quelques minutes, une équipe d’animateurs de la ludothèque mobile arrive et organise des jeux de société avec les eux sur la terrasse. Nous restons là environ ½ heure, puis repartons.
Nous rentrons au centre de base vers 18h30 – 19h.


Mercredi 13 février, en route pour Kochi dans le Kérala


En route pour le Kérala et Kochi, lieu pour lequel Josette a créé, Souffle de L'inde. Le voyage durera 8 jours et comprend plusieurs milliers de kilomètres. Nous prenons une voiture avec Chauffeur. Il est très difficile pour un européen de s’aventurer sur les routes indienne avant un « stage » approfondi pour se mettre à leur méthode… Notre itinéraire suit les grand temples indoux de Pondichéry à Thanjavur (Tenjore), puis Madurai. Nous passerons voir les cultures du thé qui sont spectaculaires à ??? et nous nous dirigerons vers Kochi. Il faudra franchir la chaine montagneuse qui sépare le Kéral du Tamil Nadu. Nous allons monter au dessus de mille mètre et le temps changera certainement.

Nous partons donc vers le sud le long de la côte. Josette veut me faire voir les villages et l’océan indien plutôt que de prendre l’autoroute à l’intérieur des terres avec un paysage plus mono-lytique. La rue grouille d’un trafic intense. Au bout d’une heure environ, voire plus, nous sortons de cette agitation et commençons à traverser la campagne. Nous traversons des rizières. Elles forment de grands champs d'une couleur verte que j'avais oubliée. Des femmes et des hommes ont les pieds dans l'eau, le corps plié en deux pour repiquer les tiges de riz. Le chauffeur ralentit pour que je puisse les photographier.
Nous nous arrêtons enfin à Chidambaram pour visiter un temple Indou.
Dans une petite échoppe, à l'entrée, nous laissons nos chaussures et rentrons pieds nus. En Inde beaucoup de gens marchent encore pieds nus et pas seulement que les pauvres. Nous entrons dans le temple. Il y a beaucoup de brahmines. Ils ne veulent pas que je les photographie, dommage. Ils sont torse nu avec un joli pagne blanc long, drapé sur leur hanches avec les plis savants. Certains sont rasés, d'autres ont les cheveux longs, noirs ou blancs, relevés en chignon. Leur visage est peint de rouge.
Une fois passée la grande porte, le temple s'ouvre sur une vaste esplanade immense, avec différents plates-formes couvertes où les gens s'assoient pour méditer. Ce temple est très vieux. Nous sommes attirés par une musique de tambourins et de cloches. C'est  une puja. Des bramines s'agitent dans un autel surélevé, avec des plateaux d'où sortent des flammes. Sur la droite, deux hommes actionnent deux énormes cloches qui font un vacarme épouvantable. J'ai la tentation de me boucher les oreilles mais je m'aperçois que personne ne le fait. Alors, je résiste. Les fidèles sont massés, en file indienne, en face de l'autel, les mains jointes sur la poitrine et suivant les sons d'autres clochettes, lèvent les bras au-dessus de la tête. L'office se termine et nous faisons le tour du temple qui est une vaste enceinte rectangulaire avec 3 tours, "Gopurame" en forme de trapèze ou de pyramide dont le haut aurait été coupé. Leur hauteur est vertigineuse.  elles sont sculptées et peintes sur toutes leur hauteur de figurines et représentations divines. Extraordinaire.
A la sortie, nous goutons un « ladu », boule jaune de farine et sucre et beurre, colorée avec du curcuma. C'est sucré, mais sans parfum très tranché. Ce gâteau a été béni, il doit être mangé avec respect.
A la sortie du temple, nous retrouvons la rue grouillante. Des mendiantes nous accostent des enfants enveloppés dans un linge autour de leur cou et d’autres enfants en âge de mendier. Ils sont certainement du même type de familles que ceux qui sont accueillis par Sharana.

Puis, nous filons jusqu'à Trinkebar ou nous nous arrêtons pour le déjeuner. Il est 14 heures. C'est une station balnéaire avec un vieil air colonial. Nous nous attablons au "non hôtel" ! C'est tout de même un hôtel, face à la mer. La bâtisse est bordée d'une galerie couverte et soutenue par d'énormes colonnes. L'endroit est propre et nous repose.
Cette station semble toutefois un peu morte, il semble que ce soit une ancienne colonie hollandaise. De magnifiques maisons sont en rénovation.
Nous repartons et au bout de plus d’une heure de trajet, josette se rend compte que nous revenons en arrière. Le chauffeur ne connait que les grandes routes et autoroutes et n’a pas suivi nos consignes de garder la route de bord de mer. Nous perdons ainsi au moins deux heures de voyage. Nous filons vers Thanjavur (Tanjore) où il y a un autre temple à voir. Mais le jour tombe et nous nous arrêtons dans un hôtel conseillé au guide du routard : « Ideal river View resort ». Très bel hôtel avec piscine, mais fort cher pour les individuels. Josette, très forte en affaire, négocie le prix.

La cuisine indienne :

Jusqu’à présent, à Pondichéry, nous avons surtout mangé chez Josette. Une cuisinière vient tous les matins confectionner notre repas de midi. Elle cuisine très bien et nous mangeons régulièrement des chapatis, un  ragout de viande et de légumes (souvent des pommes de terre), des légumes verts, style aubergines, du riz ou des boules faites avec de la pâte de riz, des idlis. C’est très bon et pas trop épicé pour des palais occidentaux. Sinon, nous allons manger au restaurant mais pour « internationaux » donc, c’est moins intéressant !


Jeudi 14 février, Tenjore - Madurai

Jeudi 14 février,


La route pour aller à Kotchi est longue et josette veut que je voie les différents célèbre vieux temples indous. Nous nous sommes arrêtés à côté de Tenjore, dans un palace 4 ou 5 étoiles, conseillé par le guide du routard. Le prix des chambres, environ 6 à 8ooo roupies, nous semblent exorbitant et josette refuse de payer cette somme. Elle feint de partir chercher un autre hôtel en disant, je refuse de payer plus de trois mille roupies. Alors, le chef nous dit : attend une minute, j’ai quelque chose pour vous à 3500 roupies. Il nous montre, dans un bâtiment à l’entrée du domaine, deux chambres doubles qui nous semblent correctes.

La soirée se passe agréablement au restaurant où deux musiciens jouent de la musique traditionnelle. Le lendemain, nous décidons de faire un gros breakfast et de ne pas manger à midi.

Le matin, Jayan m’accompagnera au temple de Thanjavur (Tenjore)
Il est très ancien. Tous les temples sont fait à peu près de la même manière. C’est un enclos rectangulaire dont les murs sont ponctués par des tours trapézoïdales ou pyramidales, sculptées de bas en haut. Parfois, il y a plusieurs enceintes à l’intérieur et d’autres tours. Là il y en a trois. C’est le seul temple dont les reliefs ne sont pas peints. L’ensemble des bâtisses sont en grès rouge, comme de la brique. L’endroit est vaste et reposant. En ce début de matinée, il y peu de monde. Nous y restons environ une heure et retournons à l’hôtel chercher Josette. Pour la première fois depuis mon arrivée, le ciel est gris et l’air humide. Au moment d’enfourner nos bagages dans la voiture, un orage s’abat sur nous. Josette est trempée et folle de rage, car nous aurions dû dire au chauffeur de venir chercher nos bagages jusqu’à nos chambres. Mais nous n’avons rien dit et nous nous sommes trempés.

Nous repartons cette fois pour Madurai, par l’autoroute. Un autre temple nous y attend. Mais avant cela il nous faut chercher un hôtel. L’affaire semble compliquée. Ceux présentés par le routard sont peu avenants, le seul qui nous semble possible est complet. Jayan trouve ridicule de payer trop cher et cherche dans les hôtels « plus » indiens. Après quelques refus, nous arrivons au Tamil Nadu Hôtel dont la chambre est à 1700 roupies. A première vue, il semble correct, bien que moins soigné que celui de la veille. Nous payons et au deuxième regard, nous découvrons que le linge n’est pas bien lavé et l’état de propreté du cabinet de toilette, un peu sommaire. On ne peut pas tout avoir. Il est 16heures et nous partons boire dans un salon de thé indien où se mêlent gâteaux indiens, anglais et arabes. Il me faudra au moins trois tasses de thé et quelques gâteaux anglais pour me contenter. Il règne dans cet endroit une atmosphère bon enfant. Nous sommes dans un bain indien. Je prends des photos de l’ensemble, et tous veulent les voir. Ils nous photographient aussi avec leurs portables et nous demandent d’où nous venons. Ils semblent connaitre la France !

Puis nous partons vers le vieux temple. Il est complètement enserré dans la vieille ville. En face dans de vieilles galeries, il y a des échoppes et des d’artisans. Nous faisons le tour et je me fais harponner par un rabatteur qui veut me confectionner des tuniques. Celles qu’il me montre ne sont pas vilaines et je me laisse tenter. Une prune et l’autre verte, en soie et coton, feront l’affaire pour 1000 roupies. Enfin nous entrons dans le temple. Il est magnifique. Les tours sont de même forme que dans les autres temples, mais elles sont peintes. A l’intérieur, il y a un grand bassin de purification comme dans les temples Sicks. Les plafonds des galeries sont peints de rosaces de couleurs vives. Tous les piliers sont sculptés et le haut est peint de vert ou de rose. Les fidèles se prosternent devant chaque autel où sont représentées les différentes divinités. Je mitraille un maximum, partout où c’est possible. De toute façon nous n’avons pas le droit de rentrer dans la partie des cérémonies religieuses, avec les brahmines. Josette n’est pas contente et elle le dit au prêtre qui est à l’entrée et où il est écrit : « Les étrangers, ne sont pas admis ». Ils n’auraient jamais dû dire cela comme cela, car un étranger peut bien être indou ; oui, mais c’est rare, et là, c’est moi qui le dit !
Le soir, nous allons boire une bière au Suprême hôtel, sur le toit terrasse qui domine la ville et ouvre une vue sur le temple, imprenable.


Vendredi 15 février, Madurai - Munnar


De Madurai, nous allons traverser la péninsule indienne pour rejoindre kochi, sur l'autre rivage. La route est longue, nous allons franchir la montagne qui sépare le Tamil Nadu du Kérala. Nous passerons par Munnar, ville du thé et des épices.

Hier soir, à Madurai, à notre retour à l’hôtel, nous prenons vraiment possession de nos chambres. Nous les voyons de plus en plus sales. Il y a un vacarme monstre, cela doit être un générateur car en Inde, il y a constamment des pannes de courant. Même chez Josette, une panne a duré plusieurs heures. Le linge semble gras. Les salles de bains, en marbre rouge, ne sont que sommairement essuyées, Nous faisons changer les taies d’oreiller, mais celles qu’on nous amène ne sont pas mieux. En fait, ils doivent faire laver le linge à la main. J’ai remarqué l’après-midi, qu’il y a derrière l’hôtel, des  grands lavoirs à l’ancienne. Des femmes y battent le linge. Je n’ose pas imaginer dans quelle eau elles lavent tout ça !
Le matin, à l’hôtel, il n’est pas prévu de prendre un petit déjeuner. Nous nous attablons donc dans un bar-restaurant indien. C’est l’occasion de manger comme eux. Purri pour Jayan et un dosa pour Josette et moi. Je prends des photos car c’est spectaculaire. Ce sont d’énormes crêpes présentées sur une feuille de bananier que l’on agrémente de sauces diverses. J’en trouve une blanche, assez fade et m’y tiens car je n’aime pas avoir les papilles agressées le matin. Les autres sont pimentées. Puis il est temps de prendre la route. Je suis incapable de citer les heures, car en Inde, c’est comme en Afrique, cela ne compte pas vraiment. On fait les choses, quand on peut, en son temps.
Nous prenons donc la route pour Munnar, 165 Km. Traversée vertigineuse dans un Madurai bien encombré et enfin nous sortons de la ville pour longer encore une vaste plaine, en direction des montagnes. Nous longeons de grands champs de cannes à sucre.

Le Tamil Nadu est très agricole. Vers Pondichéry et tout le long de la côte nous avons vu des champs de riz, cacahuètes, noix de cajou, puis plus au sud de cannes à sucre. Des cocotiers et bananiers poussent de partout. Josette me dit que le Tamil Nadu produit beaucoup de légumes mais je n’en ai pas vu. En tout cas, il ne manque rien. Les marchés regorgent de tous les légumes. Les aubergines sont toutes petites et presque rondes et marbrées. Tous les indiens pourraient être nourris correctement si le pays fonctionnait mieux. Mais ils sont assez indolents et fatalistes. La corruption, à tous les niveaux, paralyse le pays.

Pendant le voyage, Josette me raconte l’histoire d’une des femmes, Giji que nous allons retrouver à Kochi et qui travaillait à l’atelier de Souffle de l’Inde. Cette femme venait de perdre son mari et était plongée dans un profond désespoir.  Elle pleurait depuis des mois sans sortir de chez elle. C’est son père qui est venu frapper à la porte de l’association. Il n’en pouvait plus. Diji avait un fils d’une dizaine d’années et ne s’en occupait plus. Josette alla la voir et constata qu’elle était éduquée et malgré que l’atelier soit au complet, elle pourrait apporter une aide. Elle accepta donc de la prendre. La jeune femme était en semi léthargie et restait toute la journée allongée sur un petit lit installé dans l’atelier. Progressivement, elle a redressé la tête et s’est intéressée aux autres. Petit à petit, elle s’est mêlée aux conversations et a pris part aux travaux. Elle reprenait le dessus.
Au Kerala, les femmes d’un certain milieu sont presque trop choyées. Elles sont préservées de tout, restent au foyer et ne peuvent envisager de travailler à l’extérieur. Si elles gardent la peau claire, c’est un signe de niveau social élevé. Le prix à payer est la dépendance au mari, à sa famille et l’impossibilité de se projeter dans une autre forme de vie. Diji a donc repris de l’assurance et s’est montrée capable de diriger quelques opérations pour l’atelier. Pendant ce temps son fils grandissait, venait souvent à l’atelier et réussissait ses études.
Au Kérala l’école est obligatoire, contrairement au Tamil Nadu. Ce jeune homme était le premier enfant parmi tous ceux des veuves accueillies, capable de faire une école d’ingénieur en informatique. Josette avait avancé quelques sommes pour rendre son inscription faisable. Ce jeune, très proche de sa mère, déjà âgé de 18 ou 20 ans, partit un week-end avec un ami pour faire un pèlerinage. Le Kerala est majoritairement chrétien. En route, le pire arriva. Un camion chargé de longues tiges de fer était stationné feux éteints et la voiture où étaient ce jeune et son ami fonça dedans sans freiner. Ils furent tués sur le coup. Ce fût le coup de grâce pour cette femme, qui n’avait plus personne à aimer. Toutes les femmes de l’atelier étaient sous le choc et ne pouvaient plus continuer à se battre, non plus. Josette ferma l’atelier pendant un mois pour respecter leur deuil. Mais au Kerala, les choses ne s’arrêtent pas là. Chaque jour Diji pris l’habitude d’aller sur la tombe de son fils. Au bout d’un an, alors que Josette revenait de France, elle sentit un nouveau malaise chez elle et les autres femmes. Elle apprit après quelques questions, qu’au Kérala, lorsqu’on ne peut acheter une concession, le corps du défunt est enterré pour un an. Ensuite, ses restes vont dans un ossuaire. Un matin, Giji ne trouva plus la tombe de son fils et ne sut plus où aller le pleurer.

Le temps de cette histoire et nous amorçons la montée de Munnar. Il y a des arbres magnifiques qui s’étalent en plateau et qui me font penser à des arbres peints dans les estampes japonaises. On s’arrête pour quelques photos. Sur le bord de la route, un parfum délicat nous enveloppe. Il fait très chaud mais les oiseaux chantent, c’est très agréable. Nous sommes enfin sortis de la tourmente citadine et des odeurs nauséabondes.

Plus nous montons, plus la route est chaotique, comme celles d’Afrique, partiellement emportées par les moussons. Il ne faut pas avoir mal au dos, les suspensions de la voiture sont sommaires. Mais nous nous arrêtons plusieurs fois pour photographier la plaine que nous laissons derrière nous. Plus nous prenons de l’altitude, plus la végétation change. Elle me fait un penser à l’Ardèche, sèche et odorante. On distingue nettement les eucalyptus.

Rapidement nous passons la frontière et c’est une découverte botanique qui commence. Des verveines hautes, oranges, d’environ un mètre de hauteur, bordent la route en épais buissons. Des volubilis bleus s’y entremêlent au grès de leur envie… Les côtés restant à l’ombre sont chargé de daturas blancs. Au bord de la route, des paysans vendent les fruits de la passion. Ils sont excellents. Puis, on arrive aux plantations de cardamone, où se mélangent des pieds de poivriers, cacaotiers et de caféiers. Les plants de thé arrivent un peu plus haut.


Samedi 16 février, de Munnar à Kotchi.


La journée commence donc par la visite du musée du Thé de la compagnie Kanan Devan Hills. Il y a là un certain relent de colonialisme anglais. Mais aujourd’hui la compagnie est essentiellement indienne, les Britanniques n’ont pu conserver que 16% des parts. Je découvre avec surprise que ces plantations datent seulement de la fin du 19ème siècle.

Nous reprenons la route après avoir fait le plein de thé noir et vert… et, c’est reparti pour le safari photo à travers les plantations. Elles semblent coupées aux ciseaux (c’est le cas). En fait ce sont les femmes qui cueillent une à une les feuilles à maturité. Elles portent un lourd sac sur le dos et un épais tablier de caoutchouc sur la poitrine et le ventre pour ne pas se blesser en allongeant les bras… En route je découvre l’arbre à pain ou fruit du Jacquier, énorme masse légèrement oblongue et granuleuse. Je bois un jus de coco vert.  ( le coco vert est bon pour son jus légèrement sucré, alors que la noix de coco, marron et poilue, plus connue chez nous, est bonne pour sa pulpe). J’ai l’occasion aussi de photographier un cacaotier et un champ d’ananas.

Nous amorçons la descente et retrouvons la chaleur de la plaine. Ce coin parait être la Suisse de l’Inde. Les maisons y sont cossues et fleuries. La rue semble moins sale mais, subsistent malgré tout, des masures aussi pauvres que de l’autre côté de la montagne. Pourtant, ce pays peut être qualifié de cocagne. Tout y pousse en abondance. A midi je goute mon premier curry de poisson, froid mais excellent !

La conduite indienne, comment la qualifier ? Incroyable ! Vaut mieux pas regarder la route… le chauffeur se croit obligé de doubler en toutes circonstances… de quoi faire de l’huile, quand on est à l’arrière. Vaut mieux faire confiance, pas le choix, mais sans le klaxon, je ne sais comment il ferait. J’ai toujours l’impression de l’entendre, 3 heures après…

Après 130 km, nous arrivons à Kochi. C’est la capitale du Kérala, célèbre pour ses embouteillages. Il est 16h et nous n’y coupons pas ! Nous arrivons dans une nouvelle maison d’hôte du nom d’Ellim. Rien à voir avec celle de la veille. Celle-ci est cossue, parfaite. Elle a été construite par un homme qui a longtemps travaillé au Katar dans un service qualité. Rien à voir avec tout ce que j’ai vu depuis 10 jours. C’est neuf,  salle de bain carrelée de haut en bas, sanitaires immaculés, qui fonctionnent bien, clim, personnel charmant et tutti canti, seulement pour 2000 roupies la nuit. Je vous la recommande Nous y resterons deux nuits.

le soir, Josette m'offre une séance de Kathakali qui est du mime dont l'objet est de d'exorciser les mauvais esprits. C'est superbe, le spectacle commence avec le maquillage des faciès des danseurs et continue par des danses et mimes sur une musique de percussions chantée. Magnifique. J'ai filmé quelques scènes.


Dimanche 17 février, Les retrouvailles des femmes de Kochi


C’était le second jour « J », pour lequel Josette m’a emmenée à Kochi. Elle tenait absolument à me présenter les femmes qui ont bénéficié de Souffle de l’Inde depuis son ouverture et avec qui elle est toujours en contact. L’accueil a été très chaleureux. A midi, nous étions attendus chez Shinie. Souffle de l’Inde n’a plus de local à Kochi et seule, Shinie a une maison capable de nous accueillir tous. Les embrassades ont été longues, émues, magnifiques… J’ai senti toute la reconnaissance de ces femmes envers Josette, qui n’ont pas grand-chose et que la vie n’a pas épargnées. Elles étaient sept à nous attendre.
Il y avait Giji dont j’ai déjà raconté la pauvre histoire, et aussi Shinie,  Big Jessie, Shela, Cassseline, Mable et  Philomèna.

17fev1

17fev2Giji est une femme douce, calme, réservée. On sent toute la tristesse qui est en elle. Et bien  sûr, si elle a manifesté les retrouvailles avec Josette de façon très joyeuse et chaleureuse, c’était avant tout l’émotion qui la submergeait. Pour Josette, c’était pareil. Elles sont restées l’une contre l’autre un bon moment…
Shinie a poussé des cris de joie quand elle a vu Josette. Elle riait et parlait de façon très volubile. Ses yeux ronds tournaient à toute vitesse en dodelinant la tête. Son visage rond transmettait toute la gaîté qui l’animait en ce jour de retrouvailles. Elle a fait claquer des grosses bises sur les joues de Josette. Les autres ont été aussi très chaleureuses,  mais j’ai senti que Giji et Shinie étaient l
es préférées. Toutes ont des histoires dramatiques ou très difficiles. Toutes ont été victimes de violence de la part de leur mari ou de leur belle-famille.


shinieL’histoire de Shinie n’est pas aussi dure que celle de Giji, mais elle est pas mal non plus.
Shinie est restée mariée 45 jours !!... Son mari est mort dans un accident de la route. Ses beaux-parents ne voulaient plus d’elle car elle n’avait pas porté chance à leur fils. Elle a donc voulu retourner chez ses propres parents, mais ceux-ci refusèrent ; Ils avaient payé la dote et ne pouvaient plus l’assumer financièrement … Elle sera donc recueillie chez les sœurs. Quelques semaines plus tard, elle s’aperçoit qu’elle est enceinte et accouche d’un joli garçon. Apprenant cela, les beaux-parents le réclament « c’est le fils de leur fils défunt… » Les sœurs négocient et imposent qu’ils prennent la mère et l’enfant. Ce fût fait, mais la vie fut impossible pour Shinie qui se retrouva dans l’état de domestique pour cette famille sans égard pour elle. C’est alors qu’elle entend parler de l’association qui vient d’ouvrir et s’y présente. Elle est dans les premières. Normalement, Josette sélectionne des mères qui ont des filles. Mais il y a de la place.
Souvent, Josette remarque que le matin, Shinie arrive  le sari mouillé. Pour plaisanter, elle lui propose de lui acheter un parapluie… Shinie lui avoue alors ses conditions de vie. Elle dort dans la pièce la plus délabrée de la maison avec un trou dans le toit qui provoque des gouttières, y compris sur son lit. En Inde, les gens prennent une douche le soir enfilent leurs habits pour le lendemain et se couchent avec sans drap de dessus.
Josette va voir les beaux-parents et les somme de lui donner une vraie chambre, sinon elle prendrait Shinie avec son fils en permanence à l’association ; ils s’exécutèrent … Shinie passait son temps à s’occuper des autres sans pouvoir penser à son avenir. Josette tentait de transmettre aux femmes accueillies, l’envie de se battre pour accéder à une vie meilleure. Au bout de quelques années, Shinie a eu l’opportunité d’acheter une petite maison dont les propriétaires étaient dans l’obligation de vendre. Le prix était accessible. Elle a vendu ses bijoux et a pu débloquer un prêt d’état car son mari était fonctionnaire. Des dons faits à l’association lui ont permis de compléter la somme. Aujourd’hui, elle rembourse toujours son prêt mais elle est chez elle et a pu couper les ponts avec ses beaux-parents. A  souffle de l’Inde, elle a appris à coudre à la machine et continue toujours de confectionner des pochettes en tissu et autres objets vendus ensuite dans des boutiques solidaires. Chez les sœurs, elle avait appris à broder et le fait extraordinairement bien. Le jour, elle travaille dans un atelier de couture.

Big Jessie, a deux filles quand son mari meurt de maladie. Elle se retrouve donc seule avec ses deux filles à marier. Pour l’ainée, elle donne sa maison en lise. C’est une sorte de gage. Elle ne pourra la reprendre  que si elle rachète ce gage, ce qui parait complètement impossible. N’ayant plus de maison, elle vit avec sa fille ainée. Lorsqu’elle arrive à l’association, sa deuxième fille est toujours scolarisée. Celle-ci tombe amoureuse d’un jeune homme et s’enfuit  avec lui  car, sans dote, sa famille n’en voulait pas. Ils ont fait un mariage civil mais sont toujours rejetés par leurs familles respectives. Même la fille ainée de Big Jessie ne veut plus en entendre parler. Big Jessie ne veut pourtant pas couper les ponts avec sa plus jeune fille et pendant quelques années, leurs rencontres ont lieu à l’association. La jeune femme vient souvent et rend quelques services puis, elle a un fils.  Aujourd’hui, Big Jessie vit toujours chez sa fille ainée. Elle ne travaille plus, pour des raisons de santé. Pour voir sa seconde fille et son petit-fils, elle vient chez Shinie.

philomenaPhilomena, ses parents l’avait mariée à un fils unique. Quand il est mort, sa fille avait un an.  Elle est restée chez ses beaux-parents âgés et malades. Ils habitaient dans une maison insalubre et entourée de canaux nauséabonds. La petite a rapidement développé de l’asthme. Mais Philomena ne peut quitter cette maison, elle doit s’occuper de ses beaux-parents âgés jusqu’à leur fin. Aujourd’hui,  elle travaille chez la même couturière que Shinie. Le soir elle fait encore des trousses à bijoux pour Souffle de l’Inde. C’est elle qui a la couture la plus soignée.

Shela, appartenait à une famille de deux filles. Elle a été mariée, mais pas sa sœur qui a une peau trop foncée. Les filles à peau claire sont plus faciles à marier, leur dote est moins importante. Elle a eu un fils et une fille. Dans sa toute petite maison, il y avait le couple, les deux belles mères, les deux enfants et la sœur célibataire. Seules Shela et sa sœur travaillent pour nourrir la maisonnée. Son mari, alcoolique, la frappe et lui prend son argent.
Leur propre mère morte, les deux jeunes femmes ont l’occasion de partir dans le Golfe pour des emplois de ménage. La belle-mère reste donc seule avec son fils alcoolique et les enfants à élever. Leurs conditions de vie étaient là aussi un véritable esclavage. Elles dormaient dans un placard et devaient être totalement disponibles pour les familles qui les employaient. Malgré tout, Shela a pu économiser son salaire et a acheté de l’or pour marier sa fille. Un jour, elle donne les bijoux à sa belle-mère, avec qui elle s’entend bien, pour qu’elle les garde. Mais au bout de quelques temps, la belle mère meurt et Shela doit rentrer.  C’est là qu’elle s’aperçoit que les bijoux ont disparu. Son mari violent la bât chaque jour. Vaillante, elle continue malgré tout à faire des ménages. Malheureusement, le mari tombe malade et elle ne peut plus sortir travailler. En plus, il n’y a pas de protection sociale en Inde, il faut emprunter pour se soigner. La famille n’a plus rien et vit de mendicité et de la charité de l’église. Quand son mari meurt, elle entend parler de Souffle de l’Inde et demande à y travailler. La sœur, restée dans le golfe, l’aide à financer le mariage de la fille. La maison tombait en décrépitude lorsqu’elle arrive à l’association. C’est un de ses bénévoles qui lui a réparée. Son fils est rentré dans les ordres et ne pourra  pas la prendre en charge pour sa vieillesse. Aujourd’hui elle travaille chez un tailleur et le soir elle fait des vêtements pour des voisins. Elle a un toit à elle.

Mable, avait un mari adorable qui est mort de maladie. Cela a été assez rapide pour ne pas ruiner la famille. Elle a un fils et une fille à marier.  Elle donne donc sa maison en « lise » mais peut garder une pièce pour sa petite famille. Elle a rapidement travaillé à l’association grâce à qui elle a pu élever ses deux enfants.  La fille s’est mariée et le fils a arrêté l’école assez tôt. Il a échoué à l’école et s’est mis à travailler dans le golfe. Il a pu racheter la lise. Mable est diabétique et doit emprunter pour se soigner. Elle vit avec son fils qui est lui-même marié.
Casseline, a été veuve très jeune avec une seule fille. N’avait pas de maison à elle et payait un loyer qu’elle n’arrivait plus à assumer. Son frère l’a recueillie mais il était handicapé mental. Il lui avait laissé une pièce pour elle et sa fille. La maison tombait en ruine. Les volets ne feraient plus. Sa belle sœur était terrible avec elle et les deux femmes se battaient continuellement.